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Vendredi 13/11/15, 21h30 environ, quelqu’un nous informe des fusillades sur Paris, alors que je suis à une soirée en banlieue parisienne avec une amie. Mon portable s’affole. Mes parents, mon frère, des amis des quatre coins du monde m’appellent ou m’écrivent pour s’assurer que je vais bien. Mon tendre ami Thomas reste en contact téléphonique avec nous jusqu’à notre retour à la maison, vers 2h30 du matin. Je pense alors au fait que la semaine d’avant je dinais avec un ami rue Bichat, après mon cours de danse, cours auquel j’aurais du aller ce soir là, mais que j’avais finalement annulé… Les jours qui suivent, j’entends les histoires incroyables de certaines personnes qui ont évité le drame à quelques minutes ou secondes près. Comme l’histoire de cette femme qui était apparemment à la terrasse d’un des lieux du drame avec son compagnon, et qui décida d’aller au bar prendre un dernier verre, bar derrière lequel elle et son compagnon prirent refuge quelques instants plus tard alors que les balles commençaient à voler. Le couple survécu. La personne qui avait pris leur place en terrasse venait elle d’être assassinée. 

Le lendemain des attaques, c’est mon cerveau, mon coeur et mon corps tout entier qui sont highjackés par les news.

Tant de morts, de blessés, de survivants traumatisés, de familles en deuil. Tant de questions et  d’incompréhension me traversent. Une profonde et triste colère me secoue et m’anesthésie en même temps. Comment peut-on faire une chose pareille ? Je n’ose même pas imaginer la douleur de tous ceux qui ont été directement touchés…

Et le chaos n’est pas qu’à Paris. On le sait. Mais les attentats du Liban ne font même plus partie des news tellement c’est ‘normal’. Deux semaines plus tard, je suis au Nigéria pour une mission. Une des participantes de mon groupe nous partage l’expérience traumatisante qu’elle a vécue en 2008 : sa voiture se fait highjacker par 6 hommes armés. Elle est enlevée, emmenée dans un coin perdu, enchaînée, maltraitée. Ils attendent une rançon, mais au bout de 3 jours elle arrive à s’échapper. J’écoute son histoire, impressionnée par le calme qu’elle dégage lors de son récit. Je la questionne sur comment elle a fait pour se remettre d’une telle expérience. Elle ne sait pas trop quoi répondre, elle avance dans sa vie tout simplement. Car là-bas, c’est une menace quotidienne.

Comment est-il possible, après avoir entendu ces histoires, ou pire encore, après les avoir vécues, de trouver la paix ? Comment ne pas basculer dans une haine et une colère nous embrasant petit à petit, voire violemment ?… 

Aujourd’hui, alors que j’écris cet article, l’émotion dévorante et paralysante que j’ai ressentie il y a quelques semaines laisse la place à une énergie mobilisatrice, à la fois plus forte et plus douce.

Je sais que cette transformation est accompagnée d’un vrai mécanisme biologique et neurologique.

Mon cerveau est passé du mode ‘menace’ – où le système limbique orchestre, entre autre, la sécrétion de cortisol et d’adrénaline, ainsi activant des comportements d’attaque, de fuite ou de paralysie et des émotions désagréables de peur, de colère, de tristesse, de dégoût… – à un mode ‘récompense’, où la dopamine prend le dessus et me donne une énergie mobilisatrice. [1]

Cette transformation a été possible grâce à des personnes, des outils, des pratiques et des actions spécifiques.

Car comme dit Thomas d’Ansembourg à un webinar sur la paix, il y a quelques jours seulement : « La paix ça s’apprend ! Comme les maths, le foot, les langues et la conduite d’une voiture…».

Non seulement la paix s’apprend, mais de plus en plus de scientifiques commencent à explorer les mécanismes de cet apprentissage.

Telle cette équipe de recherche de Valencia proposant l’idée que les circuits neuronaux de l’empathie et de la violence seraient inter-reliés et que le fait de développer l’empathie pourrait permettre de diminuer la violence. [2] Ou bien encore, les travaux de Tom Farrow et son équipe, sur l’impact de la thérapie comportementale et cognitive sur les parties du cerveau, liées à l’empathie et le pardon, de personnes souffrant de Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Farrow montra en effet que l’activation de ces régions du cerveau augmente avec la résolution des symptômes de TSPT, suggérant que le temps et la thérapie comportementale et cognitive pourraient contribuer à ce changement. [3] 

Dans la série d’articles qui vont suivre, j’aimerais du coup partager avec vous ces outils, pratiques et références clés qui m’ont aidé à planter des graines de paix dans le chaos de ma vie.

Car le chaos est tout autour de nous. Ce ne sont pas seulement les attaques terroristes, c’est la violence au quotidien que l’on peut subir, ou faire subir aux autres ou à soi-même, c’est le changement constant, c’est l’incertitude… Comment trouver la paix quand moi ou un être cher souffre d’une grave maladie ? Comment trouver la paix quand je viens de perdre mon job ou quand mon patron ou un collègue me harcèle ? Comment trouver la paix au milieu d’un conflit familial ? Comment trouver la paix quand on voit toute la violence que l’on inflige à notre chère petite planète bleue ?…

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Voici une liste des articles sur le sujet, jusque là publiés :
 

Comment se libérer de ses pensées parasites – 1ère Partie – les mécanismes du cerveau

Conflit au travail ou avec un être cher, rupture amoureuse, problèmes financiers… Nous passons des heures à penser. Cela nous mène parfois dans une danse infernale qui nous parasite, nous paralyse et qui très clairement nous fait perdre une énergie et un temps précieux… Comment donc se libérer de ces pensées parasites ?… Découvrons tout d’abord ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous partons dans ces pensées…

 

Comment se libérer de ses pensées parasites – 2ème Partie : les trucs et astuces

Dans l’article précédent nous avons vu quelques principes fondamentaux pour comprendre ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous partons dans nos pensées parasites. Mais quels trucs et astuces concrets peuvent nous permettre de nous en libérer ? dans cet article se trouvent quelques incontournables !…
 

Merde alors, je ne suis pas le Bouddha!… ou les premières clés pour trouver la paix intérieure

Par où commencer pour trouver la paix intérieure dans mon chaos quotidien?… Et comment comprendre et me servir de mes émotions, grâce aux neurosciences, pour identifier les actions qui vont me permettre d’avancer vers cette paix intérieure?… Tout commença avec une histoire de crêpe…

 

Caliméro, sors de ce corps!… ou les stratégies ‘dopaminatrices’

« J’ai les tripes qui viennent de diminuer de moitié. Littéralement. Vous savez, le genre de sensation que l’on peut avoir lorsqu’on entend une vérité sur soi qui fait mal, qui fait honte, qui donne envie de creuser un grand trou pour s’y cacher, mais qui résonne tellement, que là on ne peut plus faire demi tour?… »

Autre article sur le sujet de la paix, avec cette fois-ci l’exploration des stratégies porteuses de dopamine… l’hormone qui nous dirige vers le plaisir…

 

Une appli gratuite pour diminuer son stress

Comment gérer ce fameux stress qui nous pollue l’existence? Si c’était si simple que ça, on le saurait, non? Et pourtant, voici une méthode on ne peut plus simple, qui a montré ses preuves, et qui n’est encore pas si connue que ça en France : la cohérence cardiaque. Retrouvez ici le « comment ça marche », et une appli qui peut vous aider à mettre cet outil en place dans votre vie de tous les jours. Et cela ne prend que quelques minutes par jour…

 

 

Tendrement,

Christelle.

[1] – David Rock, « Your Brain at Work: Strategies for Overcoming Distraction, Regaining Focus, and Working Smarter All Day Long « , HarperBusiness Edition, 2009, pp. 105-107

[2] – Luis Moya-Albiol et al. : « Neural Bases of Empathy  » et « La violencia: la otra cara de la empatia »

[3] – Tom F.D. Farrow et al., « Quantifiable change in functional brain response to empathic and forgivability judgments with resolution of posttraumatic stress disorder  »

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