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Je suis tombée l’autre jour sur cette citation, qui m’a particulièrement interpellée :

« Vous seriez surprise de ce que vous êtes capable de faire. Si vous aviez été élevée dans l’Allemagne nazie, vous auriez pu très facilement devenir comme ces criminels. Il y a un Hitler en chacun de nous. » [1]

 

Mais qui était donc cette personne pour dire de telles paroles?…

En lisant plus loin, je découvris qu’elle n’était pas une ex-nazie, essayant de justifier ses actes d’atrocités. Non, loin de là. Elle s’appelait Golda, elle était juive, ex-emprisonnée et survivante d’un camp de concentration de la deuxième guerre mondiale.

Cette phrase me donnait la chair de poule : comment Golda pouvait-elle montrer une telle capacité d’empathie envers les personnes mêmes qui l’avaient torturée, abusée et avaient assassiné toute sa famille devant ses yeux?

Elle avait vu et compris quelque chose, quelque chose que beaucoup d’entre nous n’aurions même pas été capable, ne serait-ce que d’entrevoir, si nous avions été dans sa situation : elle avait vu et compris que la plupart de ces nazis n’étaient pas, à la base, des monstres. Elle avait vu qu’ils étaient des êtres humains, comme elle, mais, qu’il avaient été conditionnés, qu’ils étaient devenus des criminels.

« Il y a un Hitler en chacun de nous »…

Serais-je, moi-même, capable de devenir un tel criminel et commettre de telles atrocités? Je veux bien croire que j’ai une partie d’ombre à l’intérieur de moi, mais de là à assassiner d’autres personnes… Je me dis : « C’est impossible… J’oeuvre pour polliniser la paix, comment pourrais-je aller contre de telles valeurs morales? »

Et pourtant, les expériences de Milgram viennent réellement m’interpeller. Milgram est un psychologue américain, qui avait étudié dans les années 60-63, le degré d’obéissance des individus, face à une personne qu’ils jugent comme une autorité légitime.

Dans cette expérience hallucinante, tous les sujets étudiés ont accepté d’infliger des décharges électriques (qu’ils pensaient être réelles!), d’un minimum de 135 volts, à un autre participant (qui était en fait un acteur, qui ne recevait pas réellement les décharges électriques, mais qui réagissait comme si c’était le cas). Mais ce qui fait encore plus peur dans cette expérience, c’est que :

62.5% des sujets sont allés jusqu’à accepter d’infliger des décharges mortelles de 450V… Tout cela, parce qu’un scientifique, représentant une certaine autorité, leur disait de le faire.

Cette vidéo décrit très bien l’expérience, son processus et son analyse (attention aux âmes sensibles : des images difficiles de violence sont visibles à T = 8.50 min)

 

 

Et si l’on pense que ces expériences datent un peu et sont aujourd’hui obsolètes, il nous suffit de regarder cet extrait d’un programme télévisé de France 2, datant de 2010, pour voir que les choses n’ont pas changé, voire même ont empiré. Dans cette expérience (un faux jeu télévisé), 80% des gens ont accepté d’infliger des décharges électriques qui, si elles avaient été réelles, auraient eu de graves conséquences physiques sur les sujets… tout cela face à l’autorité de la télé

 

 

Qu’est-ce que tout cela me dit? Que nous avons peut-être, en effet, tous une graine d’Hitler en nous, et qu’il ne faut parfois pas grand chose pour l’arroser et la faire germer.

J’en viens à me poser la question : par quelle autorité est-ce que je me laisse influencer, au quotidien, et qui vient arroser les graines de haine et de violence qui existent à l’intérieur de moi? Par quels mécanismes de justification, je m’autorise à avoir des pensées et des comportements tout aussi destructeurs que ceux de mes ennemis? Et qu’est-ce que je peux faire, aujourd’hui, à mon échelle, pour faire fleurir les graines de paix, de douceur et d’amour, qui existent, elles aussi, à l’intérieur de moi?

Peut-être pouvons-nous apprendre de Golda, et de la sagesse de ses mots (extrait autobiographique du Dr Elisabeth Kubler-Ross qui rencontra Golda lors d’une visite d’un camp de concentration après la deuxième guerre mondiale – tiré du livre « Mémoires de vie mémoires d’éternité.) :

 » (…) lorsque le camp fut libéré et les grilles enfoncées, Golda fut paralysée par la colère et le ressentiment qui s’étaient emparés d’elle. Mais elle ne voulait pas passer le reste de sa vie si précieuse à répandre la haine comme Hitler. « Si je passe ma vie, qui a été épargnée, à semer les graines de la haine, je ne serais pas différente de lui. Je ne serais qu’une victime – parmi tant d’autres – qui s’efforce de répandre sans cesse d’avantage la haine. La seule façon de trouver la paix est de laisser le passé au passé », dit-elle (…) Il m’a suffit de voir des wagons entiers de chaussures pour bébés, ou de sentir l’odeur nauséabonde de la mort qui planait dans l’air comme un voile fantomatique, pour réaliser de quelle cruauté l’homme était capable. Mais dans ces conditions, comment expliquer que Golda – qui avait subi cette cruauté – ait choisi la voie de l’amour et du pardon? Elle me l’a expliqué elle-même comme suit : « Si je peux engager une personne hantée par la haine et l’esprit de vengeance sur la voie de l’amour et de la compassion, j’aurais alors mérité de survivre. » [extrait du
« ]

 

Référence

[1] – Dr Elisabeth Kubler-Ross, Mémoires de vie mémoires d’éternité

 

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